L’agression instrumentale chez le perroquet


par Johanne Vaillancourt


 

En contexte domestique, mordre relève de l'acquis chez le perroquet

Le perroquet n’utilise pas d’emblée l’agression pour se faire respecter, puisque les groupes de perroquets ne sont pas hiérarchisés. Il cherche sa place à l'intérieur de son groupe selon ce qu'il comprend de son mode de fonctionnement et il est très rare que les conflits intra espèce dégénèrent en une escalade de violence qui pousserait les perroquets à se battre entre eux, sauf lors d’une rivalité pour un emplacement et/ou la protection du nid/choix du compagnon. Et dans ces cas, l’échauffourée ne dure pas longtemps. Naturellement, dans le cas des perroquets EAM qui ont été imprégnés à l'humain, dans l'expression intra espèce, on comprendra que l'espèce en question est celle perçue par l'oiseau, donc... humaine. 

L’offensive avec utilisation de ses armes n’est pas (et de loin) la première option chez le perroquet. Avant d’en arriver à cet extrême, il va instinctivement faire étalage de toutes ses mimiques d’intimidation. Généralement, ces attitudes seront assez éloquentes pour éviter toute forme de confrontation physique (agression ritualisée).

Le perroquet ne mord pas sournoisement et sans raison. Il ne se sert généralement de ce moyen que pour (tenter de) se défendre. Lorsqu'on examine les choses de son point de vue, on trouve, généralement aussi, une raison peut-être pas valide, mais du moins compréhensible, souvent liée à une peur réelle ou imaginaire.

Dans un contexte de captivité "domestique", mordre pour communiquer un besoin, un refus ou une frustration relève toujours de l’acquis.

 

Le comportement de mordre se transforme rapidement en mode de communication.

L’agression instrumentale

C'est la forme la plus commune de l’agression dans un contexte de cohabitation avec l’humain. Elle est acquise et rapporte un avantage identifiable au perroquet.

Lorsque, sans le savoir, nous renforçons positivement un comportement qui au départ était instinctif (la défense) et que ce comportement apporte les résultats escomptés par l’oiseau, le comportement, par répétition de succès (l'oiseau a obtenu ce pourquoi il a mordu, ex. le retrait de la main), se transformera (rapidement) en moyen (très) efficace de communication entre l’oiseau et l’humain, et ce, dans des situations tout aussi diverses qu’il y a de perroquets (et d’humains). Idem dans le cas ou il n'était pas question de défense (Ex. le perroquet ne tentait que d'assurer son équilibre en se raccrochant à vous).

L’agression instrumentale a toujours pour finalité la communication. Elle est acquise par la répétition d’interactions inadéquates de la part de l’humain. Ce sont ces interactions inadéquates qui sont le facteur inducteur de l’apprentissage de ce comportement et qui contribuent aussi à le maintenir.

Le perroquet qui mord un humain ne lui en veut pas nécessairement.

Dans le comportement d’agression-communication, la morsure n’a pas la même signification pour l’oiseau que pour vous. Il faut éviter de personnaliser l’agression du perroquet: ce n’est pas parce qu’il vous a mordu qu’il vous a en aversion.

L’acquisition et le maintien du comportement d’agression instrumental prennent leur source dans le renforcement. Ainsi, le perroquet devra comprendre que ce mode de communication est inadéquat, il faudra l'amener à comprendre que ce type d'interaction ne fonctionne plus; qu'il n'apporte plus les avantages attendus (plus de renforcement); qu'une façon alternative de les obtenir existe.

On parle ici de socialisation... 

 

 

 

© Johanne Vaillancourt 2007

 


Photos
Bilbo, caïque à tête noire, pionites melanocephala, CAJV
Picasso, ara sévère, ara severa, CAJV
Toupie, amazone à nuque jaune, amazona ochrocephala auropalliata, Sonia Fortin

 

 

 

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